Questions au carrefour de l’Église.
Dieu ne nous reprochera jamais de Lui poser des questions, mais tout dépend du ton de ces questions. Il y a le pourquoi hargneux qui accuse plus qu'il ne questionne, et il y a le pourquoi secrètement humble du «blasphème» de Job. Il y a des questions qui sont des blasphèmes, et il y a des «blasphèmes» qui sont une adoration. Il y a le pourquoi des enfants en colère.
Il y a la question de Marie : «Comment cela se fera-t-il ?» Il y a le pourquoi du Christ en croix : «Mon Dieu pourquoi m'as-Tu abandonné ?»... et la réponse, c'est la Résurrection.
Sur quel ton posons-nous des questions à Dieu, à l'Église et aux prêtres ?
Tel enfant fait très tôt l'expérience de Dieu et participe de tout cœur à l'Eucharistie, tandis que son frère s'y montre allergique. Pourquoi ? Si la foi est un bien tellement précieux, Dieu ne devrait-il pas faire en sorte que tous ses enfants en bénéficient ? Pourquoi la foi semble-t-elle réservée à une toute petite élite de privilégiés.
Les chrétiens ne sont pas scandalisés par cette inégale répartition de la foi, parce qu'ils sont persuadés, sur la parole même de la Bible, que Dieu aime infiniment chacun de ses enfants. Le fait d'avoir reçu au départ moins de privilèges (santé, environnement familial, fortune, talents intellectuels, convictions religieuses) n'est pas le signe d'un amour moindre de la part du Créateur. Pour tous, «sa tendresse est sans mesure» (Ps. 119, 56). La Parole de Dieu oblige les chrétiens à combattre l'impression qui naît spontanément dans leur esprit, lorsqu'ils voient quelqu'un manquer de santé, de pain ou de travail. Certes, ils doivent tout mettre en oeuvre pour le leur procurer. Mais le calendrier de Dieu ne coïncide pas forcément avec le nôtre. «Dieu attend l'heure de nous faire grâce», proclame Isaïe (30, 18). Les derniers servis ne seront pas moins heureux que leurs frères.
Les chrétiens savent aussi que Dieu a voulu un monde dans lequel la solidarité doit compenser les inégalités. Dans tous les domaines, les plus favorisés sont appelés à mettre leurs talents au service des plus démunis. Comme les autres privilèges, la foi n'est pas un trésor à conserver jalousement pour soi, mais une lumière à communiquer. Une lumière qui ne diminue pas lorsqu'on la partage - bien au contraire !
Cependant la foi n'est pas une lumière qu'on peut partager aussi facilement que ses autres connaissances. Elle est un don de Dieu absolument gratuit. Je ne peux donc pas le donner moi-même à ceux qui m'entourent. Bien des facteurs peuvent empêcher l'accueil et l'éclosion de ce don dans un cœur.